Auparavant nous avons vu les diverses politiques mises en place pour la démocratisation de l’opéra. Mais finalement, ont elles eu des effets positifs sur la fréquentation et l’évolution de l’opéra ?
Si non, nous verrons les limites de ces politiques.
Étudions les impacts des stratégies mises en place sous le quinquennat de François Hollande :
Les opéras membres de la Réunion des Opéras de France (ROF) ont traversé une année difficile en 2009 mais ils ont sû maitriser leurs charges en 2011 en redynamisant quelque peu leurs publics et en développant leurs ressources propres. Une tendance qui se confirma sur l’année 2012 mais qui fut suivie par une baisse de budget (tiré des éléments financiers de 2012 http://www.rof.fr/index.php/fr/ressources-en-ligne/enquetes-documents/category/2012 )
Depuis 2012, les grands établissements culturels comme les opéras ont vu leur budget baisser, alors
que François Hollande annoncait « J’affirme que le budget de la culture sera entièrement sanctuarisé durant le prochain quinquennat. »
Nous pouvons bien affirmer que cette promesse n’a pas été tenue car « le budget 2013 présenté par le gouvernement, la mission « culture » voit ses crédits reculer de -4,5% (soit -114 millions d’euros) ». (source :http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/an-i-francois-hollande-un-bilan-culturel-mitige-508316.html).
Ces baisses de budgets contraignent les opéras, et leur imposent (aussi bien pour le Palais Garnier que l’Opéra Bastille ou les Opéras de Province) de trouver des alternatives pour attirer le public.
Cependant le ministère de la culture attache de l’importance à la transmission des savoirs et à la démocratisation de la culture. Elles représentent toutes deux sur le graphique ci dessous plus d’1/4 du budget de la culture en 2012. En prenant exemple sur les opéras, nous pouvons constater qu’ils accordent une certaine importance à leur vulgarisation et donc à leur démocratisation.
Diagramme circulaire représentant le budget du ministère de la culture et de la communication, tiré des chiffres clés 2013 ; http://www.culturecommunication.gouv.fr/Politiques-ministerielles/Etudes-et-statistiques/Les-publications/Collections-d-ouvrages/Chiffres-cles-statistiques-de-la-culture/Chiffres-cles-2013
Ensuite en 2014, il y a encore eu une baisse du budget du ministère de la culture et de la communication due à la crise économique. Mais il concentre son attention sur l’éducation artistique et culturelle. En dehors des autres pratiques culturelles, les spectacles vivants connaissent une augmentation de leur crédit de 1,3% à 1,7%. Et quant au programme 224 (Transmission des savoirs et démocratisation de la culture), il voit augmenter de 0,9 % ses crédits, malgré des économies budgétaires de l’État d’en moyenne 2%.
Avec ces budgets, les institutions culturelles, comme les opéras souhaitent améliorer leur communication, auprès d’un nouveau et plus jeune public très peu présent.
sources : le Figaro(http://www.lefigaro.fr/arts-expositions/2013/09/26/03015-20130926ARTFIG00021-budget-2014-la-culture-perd-ses-moyens.php)
Les opéras doivent aussi faire face à des baisses de subventions. Nous pouvons prendre exemple sur l’évolution de celles des opéras entre 2011 et 2012, qui peuvent être illustrées par le graphique statistique de gauche concernant l’Opéra National de Paris (ONP, qui est constitué de l’Opéra Bastille et du Palais Garnier).

Diagrammes en baton tirés des éléments financiers de 2012, réalisés par la rof; http://www.rof.fr/index.php/fr/ressources-en-ligne/enquetes-documents/category/2012
Nous pouvons distinguer qu’il y a majoritairement des baisses ou des stagnations des subventions des collectivités territoriales vers les 26 opéras compris dans la ROF. Mais nous savons que ces baisses ont contraintes les opéras à optimiser leurs ressources, et elles n’ont donc pas influencées l’évolution des recettes des opéras, comme l’indique le graphique de droite.
(Malheureusement nous n’avons pas eu accès en détail aux chiffres clés sur les statistiques de la culture en 2014, pour pouvoir comparer avec les autres années.)
Maintenant, intéréssons-nous à l’évolution des opéras en France et plus particulièrement à leur fréquentation :
Tout d’abord, nous pouvons dire que la fréquentation des opéras est très aléatoire, mais elle est en augmentation, pour les 26 opéras regroupés dans la ROF :
Diagramme en baton tiré des enquêtes des activités et fréquentation de 2012, de la ROF :
http://www.rof.fr/index.php/fr/ressources-en-ligne/enquetes-documents/category/2012
Les baisses des subventions n’ont pas empeché aux opéras français de connaître une augmentation de leur fréquentation entre 2011-2012. Et elle n’a pas empêché aux opéras français d’avoir une évolution positive de leurs recettes.
Mais en 2013 les baisses de ces subventions persistent et sont compensées par ailleurs d’une augmentation de la participation des mécènes, pour l’Opéra National de Paris (ONP).
En ce qui concerne l’évolution de la fréquentation des opéras nous pouvons nous appuyer plus généralement , sur l’exemple de l’Opéra National de Paris. Nous pouvons constater que la fréquentation des opéras a augmenté de manière significative en 2012. La fréquentation de l’Opéra National de Paris est très inégale selon les années puisqu’en 2010 sa fréquentation était supérieure à celle de 2011.
en 2011
en 2012
en 2013
Rapport d’activité de 2011-2013 : (http://www.operadeparis.fr/sites/default/files/opera-national-de-paris_rapport-activites-2013.pdf)
Cette diminution de la fréquentation peut être expliquée par des phénomènes qui dépendent de l’Opéra de Paris comme la programmation, les attentes et les goûts du public, la communication, l’enseignement, la diffusion, la proximité…)
Étudions ici les particularités du public des opéras. Nous avons observé par nos sondages qu’il n’y avait pas d’homogénéité en ce qui concernait l’âge du public ; la moyenne d’âge des plus grands habitués reste toujours dans l’intervalle des 40-59 ans. Les tableaux des rapports d’activités de l’Opéra Nationale de Paris confirme cette donnée de 2010 jusqu’à 2012.
Toujours en nous appuyant sur les tableaux sur le public réalisés par l’ONP, nous avons aussi pu constater que la part des jeunes est extrement faible, en 2010 la part des moins de 19 ans est de 0,8% et en 2012 elle est de 0,6%, soit en baisse. Cependant nous pouvons constater que certaines stratégies de démocratisation auprès des jeunes de + de 19 ans ont assez bien fonctionnées puisque nous pouvons constater une augmentation de 6,2 points de pourcentage entre 2010 et 2012.
L’évolution de la fréquentation des opéras a été permise car ils ont amélioré l’information sur leur programmation et mis en place une politique d’abonnements plus efficace par l’utilisation de diverses formes de communication.
« La communication de l’opéra se fait de diverses manières avec la distribution de tracts dans les boites aux lettres », les panneaux publicitaires dans les métros ou dans la rue, publicités à la télévision, sur internet, à la radio, dans les cinémas ou les journaux, les brochures de saison, la création d’un site internet et son amélioration, l’ouverture d’une ligne téléphonique. Mais aussi, les opéras de la ROF sont présents sur les réseaux sociaux (tel que ceux de Lille, Montpellier, Lyon…). Leur présence permet une meilleur proximité avec le public, et une plus grande place dans une société connectée. L’Opéra numérique est révolutionnaire car il permet de meilleures informations, une meilleur accessibilité. Par ailleurs, l’Opéra national de Paris diffuse des extraits de spectacles sur Youtube et Dailymotion, pour attirer plus facilement le public, ce qui contribue sous une autre forme à sa communication. L’ONP donne un avant goût des manifestations qu’il propose, comme au cinéma avec les bandes annonces.
Il y a eu aussi une évolution de la société et des mentalités. Cette évolution n’a pas été aboutie car comme le dit Emmanuel Pedler : les opéras connaissent une moins forte fréquentation que les autres pratiques culturelles car ils seraient « socialement plus sélectifs », par des tarifs encore élevés qui rarifient les occasions d’assister à une représentation.
Selon la ROF, en 2008, l’opéra était la dernière pratique culturelle qu’exerçait régulièrement les français, après le music-hall, les concerts…
De plus, les sociologues au XXème siècle (dont Pierre Bourdieu) ont montré que les pratiques socio-économiques et culturelles sont étroitement liées, voire déterminées , par le milieu social de l’individu. L’opéra a pour image d’être une pratique culturelle élitiste. Et si beaucoup de personnes hésitaient à gravir les marches du palais Garnier, pour s’informer des spectacles et des tarifs, c’est parce qu’ils estimaient ne pas fait partie de « ce monde ». La principale raison de la création de l’Opéra Bastille – mis à part les conditions d’accueil et d’écoute superieures – était d’élargir le public de l’Opéra de Paris, grâce à une architecture un peu moins impressionante, et des tarifs plus accessibles. Il a aussi été construit pour rééquilibrer le territoire, où les activités économiques se concentraient majoritairement à l’Ouest de la région Ile-de-France. L’objectif a été seulement en partie atteint , car le public ne semble pas être davantage diversifié.
Nous pouvons aussi parler d’une certaine évolution de l’opéra, car cette pratique n’est plus seulement aujourd’hui un lieu de démonstration de richesse, elle est donc apparemment plus accessible. L’opéra est d’autant plus accessible et plus présent car il est diffusé de manières multiples (hélas fragmentées) avec la radio, le CD, le DVD et le cinéma.
Le cinéma a permis d’attirer un autre public et donc de répandre quelque peu le goût de l’opéra. Cependant, la communication à propos de cette alternative est insuffisante. Peu de personnes sont informées, et ceux qui le sont, sont majoritairement les amateurs d’opéras. Comme le dit Camille Assouline :« La diffusion de l’opéra par le biais des médias a permis de montrer certaines productions à un plus grand nombre de spectateurs. Leur impact est important pour ce qui est de la notoriété et de la valorisation de l’opéra, ce qui représente une réussite dans la longue évolution de sa démocratisation. »
Les CD et DVD permettent au public de ne plus se déplacer et d’avoir cette pratique à portée de main. Même si ces innovations permettent de diffuser les opéras dans le monde entier, elles incitent aussi le public à ne plus se déplacer pour se rendre à l’Opéra.
Par ailleurs, la rénovation de la Philarmonie est un événement important grâce à son équipement de rang international, et cela a été rendu possible grâce à un financement d’envergure par l’État. L’État s’engage pour la continuité de la démocratisation des autres pratiques culturelles à rénover le Palais Chaillot et l’Opéra Comique.
« Cependant, s’ils participent à l’effort de démocratisation, ces médias reproduisent également les « inégalités » que connaissaient les publics vis à vis de l’opéra. La diffusion radiophonique ou télévisuelle de l’opéra intéresse avant tout son public habituel. De plus, ce n’est pas parce que ces médias ont apporté l’opéra jusque dans les foyers que les auditeurs ou spectateurs vont en retour se déplacer pour aller à l’opéra. » (tiré de : http://doc.sciencespolyon.fr/Ressources/Documents/Etudiants/Memoires/Cyberdocs/MFE2009/assouline_c/pdf/assouline_c.pdf ).
Aussi, en observant les rapports d’activités de l’Opéra national sur la fréquentation de l’enseignement pour la pratique de l’opéra, nous pouvons constater qu’elle a diminué d’environ 8,1 points de pourcentage de 2011 à 2013. Et que dans le cadre scolaire, les enseignants favorisaient davantage les sorties au musée et au théâtre plus à même d’être utilisé au programme que l’opéra. L’enseignement scolaire sur l’opéra reste trop modeste et marginal ; la médiation pédagogique reste trop faible.
« La sensibilisation des enseignants et des futurs enseignants est Pour Sylvie Saint Cyr aujourd’hui indispensable, le temps scolaire étant devenu un facteur déterminant dans l’appropriation d’une culture spécifique. » tiré de
Cependant, cette sensibilisation est presque inexistante et contribue à l’échec de la démocratisation des opéras.
Et plus précisément, l’évolution de l’ONP a été permise grâce à des efforts d’optimisation de leurs ressources qui ont été faits ; concernant les prix, malgré des baisses de subventions. Nous avons pu constater une réelle envie de transmettre les savoirs, par l’ intervention des pouvoirs publics et des mécènes. Les ventes des spectacles en abonnements et par internet sont en hausses depuis 2010. Il est donc indispensable que l’ONP reste sur une dynamique numérique.
Il y a eu un effort de démocratisation, mis en place par différentes stratégies : de communication, de prix, de diffusion, d’informations et de formations. Et en redynamisant leurs offres comme avec les tarifs jeunes comme les Pass Jeune, les Jeudis de Bastille qui contribuent à leur politique démocratisation. Mais aussi en exploitant divers espaces de diffusion pour leur communication. Les opéras ont du compenser les baisses de subventions avec le mécénat et en faisant des efforts d’optimisation de leurs moyens. Les institutions culturelles, comme avec l’exemple des opéras ont utilisé une communication de masse pour donner une culture de masse. De plus, nous pouvons ajouter que la fréquentation des opéras est sensible aux spectacles proposés durant la saison, et elle dépend donc des goûts du public. Cependant nous avons pu constater que la démocratisation de l’opéra auprès des jeunes n’avait pas eu l’impact souhaité. Ainsi la population française ne serait pas éduquée à cette pratique, qui est moins valorisée dans l’éducation des individus. Il y a un manque d’ouverture du point de vue familial et scolaire sur les domaines et habitudes lyriques.

