Au court du temps, les hommes ont cherché à créer différentes formes d’art et les relier entre elles. On retrouve déjà en Grèce antique des tragédies associant théâtre et chant. On y observe un chœur composé de quatorze choristes, les choreutes, et un chef de chœur appelé coryphée. Ainsi, ils dansent et chantent en rapport avec l’action et les textes et sont accompagnés d’un aulète. Un aulète est un joueur de aulos, un ancien instrument à vent utilisé notamment en Grèce antique et caractérisé par une double flûte. Le chœur se situe dans l’orchestra, face à la scène (Proskénion).
Organisation théâtrale de la Grèce Antique, extrait du site Au temps de la Grèce Antique
Dans le même ordre d’idée, au Moyen-Age, les drames liturgiques mettant en scène des parties de la Bible sont alors joués en latin dans les églises et monastères. Les textes sont entrecoupés de chant en langue dite vulgaire. Les goliards étaient des poètes-musiciens. Ils étaient pour la plupart des clercs qui écrivaient et chantaient en latin des chansons religieuses, bien que certains se tournaient vers des chansons profanes. Ils mêlaient chants et textes et diffusaient leurs chants dans toute l’Europe, étant itinérants, du Xème au XIIIème siècle.
Ces différentes pratiques ont mené par la suite à l’opéra que l’on connaît de nos jours. L’opéra est né à Florence, en Italie, au XVIIème siècles. Cet art fut notamment porté par un groupe d’intellectuels, de poètes et de musiciens humanistes nommé la Camerata qui signifie « salon » en florentin. Leurs objectifs étaient de retrouver le style musical de la Grèce antique tout en s’éloignant de la musique de la Renaissance jugée trop classique et altérée. Ils voulaient que la musique et les textes ne forment qu’un. Ainsi, ils cherchèrent une musique plus simple mettant les textes en valeur. L’opéra est donc lié à une nouveauté esthétique. Il fallait éviter les mélodies trop complexes qui pourraient rendre le texte incompréhensible. Daphné écrit en 1589 par Jacopo Peri, membre de la Camerata, est considéré comme le premier opéra, les objectifs recherchés étant atteint. L’opéra se répand alors dans toute l’Italie. On distingue une diversification du genre et une volonté d’élargir le public, centré sur la noblesse, afin d’accroître l’importance social et artistique de cet art lyrique.
L’opéra s’étend ensuite en Europe. En France, c’est le Cardinal de Mazarin, diplomate et homme politique d’origine italienne, qui, dans les années 1650, instaure l’opéra. En effet, il fait venir de Venise une troupe qui interprète La Finta Pazza dans la salle du Petit Bourbon au Louvre, grâce à sa forte relation avec Anne D’Autriche. De plus, les parisiens peuvent y accéder pour une modique somme, ce qui a permis une expansion rapide. Pourtant, le public présent n’apprécie guère l’opéra italien et se tourne vers les ballets qui sont eux très appréciés. A la suite du couronnement de Louis XIV, l’opéra disparaît de France durant 10 années avant de revenir grâce à, notamment, Lully. Jean-Baptiste Lully était un compositeur et violoniste d’origine italienne qui a obtenu le soutien inconditionnel du monarque absolu Louis XIV à l’aide du monopole qu’il s’est créé en écartant tout autre musicien et troupe italienne de la cour.
Jean-Baptiste Lully, extrait de http://www.francemusique.fr
De cette manière, il a créé, sur les premières idées de Pierre Perrin et Robert Cambert, un opéra réellement français mêlant la poésie, la musique, la danse et la machinerie de théâtre. Ainsi, ce nouveau genre domina la scène française jusqu’au XIXème siècle. L’opéra connaît un triomphe d’une grande importance pour son public. L’opéra de Paris devint le premier théâtre d’Europe, place qu’il occupa pendant presque deux siècles. C’est dans ce contexte que Louis XIV fonde l’Académie Royal de musique dirigée par Pierre Perrin, poète français, puis par Lully qui le succède en raison de son arrestation pour dettes. Une rude négociation s’entreprend alors pour la cession du privilège qu’a la capitale. Alors en 1684, Pierre Gautier achète l’autorisation de créer une académie à Marseille. Par la suite, des académies ouvrent dans les villes de Lyon, Rouen, Lille et Bordeaux. Pourtant, l’opéra reste essentiellement concentré à Paris et attire un public principalement élitiste. C’est ainsi qu’est fondée le 28 juin 1669 l’Académie de l’Opéra par Jean-Baptiste Colbert, un des principaux ministres de Louis XIV, secrétaire d’État de la maison de roi et de la Marine. L’Académie de l’Opéra a pour but de diffuser cet art lyrique auprès du public, au delà de Paris. L’une des principales raisons était que la vente des places était le seul moyen de financement qu’avait l’opéra, contrairement à la Comédie Française qui bénéficiait d’une subvention royale. De cette manière, il y aurait plus de demandes donc plus de recettes. Rameau succède à Lully par ses opéras toujours plus appréciés par le public.De grands auteurs italiens s’installent à Paris afin de composer et de se faire représenter dans la capitale française tout au long du XVIIIème siècle.A la fin du siècle, après la mort de Lully, le roi Louis XIV connaît une perte de popularité auprès du peuple français en raison des dettes nationales et des défaites militaires. Il est alors influencé par sa seconde épouse, Madame de Maintenon, qui était désintéressé par l’opéra. On assiste à une perte de l’engouement envers l’art lyrique et au retour de la langue italienne dans ce domaine.
Dans les années 1750, l’opéra redevint lentement un art apprécié avec l’arrivée de troupes italiennes à Paris qui réinventent le genre et par Rameau, compositeur et théoricien français, qui écrit à cette époque des opéras à succès. En effet, la ville des philosophes de Lumières attire de nombreux intellectuels et artistes étrangers. De plus, le goût de Marie-Antoinette, reine de France et de Navarre de 1774 à 1791, porté sur le style italien influe sur les attentes du public. On peut souligner la construction de l’Opéra de Marseille inauguré en 1787 malgré la baisse de demande.
Lors de la Révolution Française, l’opéra renommé Théâtre des Arts, puis Théâtre de la République et des Arts, sombre dans les dettes car l’équilibre financier instauré par Lully n’est plus d’actualité et ce malgré les subventions de l’État. De plus, le public se fait de moins en moins nombreux en raison de l’image d’un art attaché à une certaine élite. En France, la période révolutionnaire donne pourtant la liberté de créer des théâtres, encourage notablement la création théâtrale ce qui va accentuer le déséquilibre de l’opéra et sa désorganisation.
Après la Révolution française de 1789, les italiens continuent d’affluer en France mais doivent écrire de la manière française instaurée pas Lully. L’Académie Royale de Musique est alors renommée Académie Impériale de Musique en 1804. Cette académie use de la plus belle salle de la capitale, la salle Montansier rue de Richelieu.
La salle Montansier, extrait du site http://www.artlyriquefr.fr
En effet dès son arrivée au Consulat, Napoléon réorganise le fonctionnement de l’opéra et lui accorde une forte subvention. Il le qualifie par « un établissement qui flatte la vanité nationale » au Conseil d’État le 18 avril 1806. De ce fait, un public important se presse dans la salle et les compositeurs rêvent d’y être représentés. Toute cette effervescence autour de l’opéra est du à l’influence qu’à Napoléon et à l’intérêt qu’il porte à cette art lyrique. Depuis le Consulat, il a toujours épaulé cette institution. Pourtant, comme le dit la duchesse d’Abrantès dans ses Mémoires : « Les uns disent qu’il avait peu de goût pour la musique française, d’autres qu’il ne l’aimait pas ». Il diffusait donc cet art pour des raisons en grandes parties politiques. En effet, en dynamisant cette scène, l’Empereur pouvait créer un rayonnement et une influence nationale et internationale des Art et des Lettres et utiliser cette expansion comme une propagande pour sa personne.
C’est ainsi que l’opéra atteint son apogée à Paris au XIXème siècle, dans les années 1830, quand la bourgeoisie triomphante ne voulut plus que se divertir. Art longtemps considéré élitiste, les bourgeois s’enrichissant veulent eux aussi montrer leur nouvelle richesse et leurs nouveaux pouvoirs. De ce fait, ils vont voir des opéras, ce qui leur permet d’acquérir un certain statut social mais aussi de dévoiler leurs fortune aux autres. L’opéra devient alors un lieu de rencontre et de vie qui cache un stratagème social et un lieu d’apparat. Il est alors fréquenté par la nouvelle aristocratie. C’est dans cette optique qu’est construit l’Opéra Garnier construit sous le Second Empire et commandité par Napoléon III mais inauguré le 5 janvier 1875 sous la IIIème République. En effet Louis-Napoléon Bonaparte, premier président de la République française élu en 1848 au suffrage universel masculin puis proclamé Empereur des français en 1852, il est alors nommé Napoléon III, demande à Haussmann d’aménager une avenue reliant sa résidence, le palais des Tuileries, à l’Opéra pour pouvoir y accéder rapidement. Avant même la création de l’Opéra Garnier, sa place avait été prévue par Haussmann. L’Opéra Charles Garnier devint un lieu mis en relief et important pour la ville de Paris au même titre que les Halles, le Palais-Royal ou le Pont-Neuf. Placé dans un lieu stratégique, proches des grandes gares et des axes de communications majeurs, dans le triangle d’or, installé dans un quartier aisé.
L’Opéra Garnier en construction, René Lehoux, Vue de l Opéra Garnier en construction, 1845, BnF
Ce nouvel opéra remplace alors son prédécesseur, l’Opéra Le Peletier qui fut la salle des Grand Opéra de Paris de 1821 à 1873 détruite par un incendie. Le XIXème siècle se caractérise par une construction en nombre important d’opéras dans toute la France. Ainsi on retrouve, par exemple, les Opéras de Toulouse inauguré en 1818, Lyon en 1831, Avignon en 1847, Toulon en 1862 et Nice en 1885. Ces nouvelles salles répondent aux attentez des nouveaux spectateurs : l’esthétique et l’apparat. Effectivement l’opéra, par son lieu impressionnant et par ses fréquentations va tomber dans un élitisme profond.
Lors de la Première Guerre mondiale, les nouveaux opéras vont prendre une dimension politique avec des pièces centrées sur les évènements d’actualité. Ainsi l’opéra se développe et touche de nombreuses personnes car la nation toute entière est concernée par la guerre. De cette manière l’opéra va faire un pas vers les classes populaires qui sont alors mises à l’écart de l’art et des pratiques culturelles. Alors que, sous l’Ancien Régime, même si les classes populaires n’accédaient pas au spectacle en lui-même, elles étaient concernées par cet art, le connaissaient et l’appréciaient. Mais à partir du XIXème siècles, elles furent mises à l’écart et se désintéressaient.
Lors de la Seconde Guerre mondiale, la programmation est difficile avec des œuvres retirées en raison des tensions politiques et diplomatiques. Lors de l’Occupation et du régime de Vichy, l’Opéra n’est que très peu représenté. De plus une trentaine d’artistes, d’acteurs et membres du personnel sont exclus par l’État en raison de leur confession juive. Des œuvres allemandes sont alors imposées. De nouveau, des musiciens sont exclus. Il devint alors difficile de s’exprimer sur la scène. De ce fait, l’opéra reste présent bien que discret dans cette période de changements et bouleversements pour la France.
Ainsi on peut constater, bien que l’opéra ait réellement apparu au XVIIème siècle, des arts antérieurs se rapprochant de celui-ci et que l’on peut caractériser par du théâtre chanté. On distingue une réelle volonté de diffuser cet art dans l’Europe entière et au sein des pays à l’aide d’organisations et de regroupements de personnes. Cette volonté est soutenue par le courant humaniste qui prône l’éducation. De plus, bien que le lieu soit réservé à une société élitiste, toute la population est sensibilisée à l’art en lui-même. Pourtant, cette particularité va être rompue par les bourgeois qui vont faire de l’opéra un lieu d’exposition de leurs richesses. Dans la première partie du XXème il va être mis de côté en raison des tumultes politiques mais par la suite, des politiques de démocratisation vont être mises en place pour briser l’élitisme de cet art lyrique.
